DE LIBREVILLE À AWUTA
OU
LE "RETOUR AUX SOURCES ORIGINELLES"
Le département d’Etimboué a vécu un évènement d’une portée mémorielle inédite qui s’est déroulé du 27 juillet au 3 août 2026 : Le « Retour aux sources originelles » de Pierre AKENDENGUE. Portée par le label ROMEPA, cette manifestation culturelle majeure a mobilisé le soutien d’un important réseau de sponsors issus du tissu économique national et de l’administration parmi lesquels AFG Bank, PERENCO, MAUREL & PROM, AFRICA United, SOGARA, LOGIMAT, PESCHAUD Gabon, le Conseil Gabonais des Chargeurs (CGC), la mairie d’Omboué et des personnalités politiques. Ce pèlerinage spirituel et artistique s’est articulé autour de trois (3) étapes clés : l’arrivée à Omboué, le déplacement commémoratif sur l’île d’Awuta en hommage aux aïeux et, enfin, la tenue d’un concert scellant un moment de cohésion et de rassemblement populaire.
L’arrivée à OMBOUÉ
Après une longue carrière qui l’a conduit sur les scènes des cinq continents depuis plus d’un demi-siècle, l’enfant prodigue de Nandipo a entrepris un retour sur le territoire qui a contribué à la construction de son œuvre poétique et musicale. En effet le lundi 27 juillet 2026 dans la matinée, accompagné de son frère et partenaire Michel ESSONGUE, de son compagnon Hilarion NGUEMA, de quelques membres de sa famille et de son équipe, Pierre AKENDENGUE a embarqué pour un vol à destination de Port-Gentil. Aux alentours de 9 heures, l’auteur-compositeur a été accueilli à l’aéroport par les autorités civiles et administratives locales, parmi lesquelles le gouverneur de la province de l’Ogouée Maritime, le préfet, l’édile de la commune ainsi que les maires d’arrondissement. A l’issue des obligations protocolaires, cette escale a été mise à profit pour organiser une pause déjeuner à l’hôtel Mandji, dans l’attente du départ en convoi terrestre vers le Fernan Vaz.
Le départ à destination d’Omboué est intervenu vers 13 h 45. Le trajet a été ponctué par un cérémonial d’accueil coutumier marqué par trois (3) temps forts. La phase inaugurale du rituel traditionnel s’est tenue à l’entrée du département d’Etimboué, marquant la frontière symbolique et administrative entre les villes de Port-Gentil et d’Omboué, les territoires Oroungou et Nkomi, les départements de Bendjè et d’Etimboué. Les deuxième et troisième étapes se sont, quant à elles, déroulées respectivement sur le pont d’Olendé et à la sortie dudit ouvrage à Batanga. En sa qualité de grand observateur des usages coutumiers, la Légende s’est conformée au protocole traditionnel d’accueil dirigé par les sages du département, en vue de solliciter les bénédictions ancestrales. Cette cérémonie s’est articulée autour de chants rituels, de dépôt d’offrandes symboliques aux mânes et aux génies, particulièrement des boissons et de l’isèmu.
A l’issue de cette ultime étape, le cortège s’est dirigé sans escale vers la localité d’Omboué. A l’entrée de la cité, l’artiste a été accueilli par les autorités locales – parmi lesquelles l’édile, le président du Conseil départemental et les députés -, aux côtés d’une foule enthousiaste.
Cet accueil s’est déroulé au rythme de chants et de danses traditionnels. Enfin, après avoir vécu ce contact direct avec la foule, l’hôte a été conduit à sa résidence hôtelière dans le strict respect des rituels coutumiers locaux.
AWUTA : La réalisation de la promesse
Le mardi 28 juillet 2026, le périple s’est poursuivi avec la traversée à bord d’une vedette vers l’île emblématique d’Awuta, située à environ une heure et demie de navigation rapide de la ville d’Omboué.
Conformément aux usages locaux, cet itinéraire a également été balisé par l’accomplissement de rituels propitiatoires dans le but de solliciter la bénédiction et la protection des génies des eaux.
L’arrivée à l’île d’Awuta (au lieu dit Ezanga) constitue un jalon mémoriel décisif pour Pierre AKENDENGUE, car elle marque les retrouvailles avec une terre qu’il n’avait plus arpentée depuis 1972. Ponctuée par l’accueil de sa famille avec un répertoire de chants traditionnels, ce moment exceptionnel a favorisé la résurgence d’une mémoire sensorielle et atmosphérique enfouie depuis plusieurs décennies : le contact du sol sous les pieds nus, le chant des oiseaux, les parfums, etc. L’artiste a parcouru quelques centaines de mètres, installé dans un fauteuil porté à bras d’hommes, pour rejoindre le « mbandja », édifié pour la circonstance au cœur de ce village déserté qui avait été réinvesti par la végétation. Les membres de la famille y ont fait résonner des chants de réjouissance traditionnels, portés par une musique au rythme soutenu à la croisée du sacré et du profane, et dont l’orchestration invitait à la danse. Depuis l’interprétation des œuvres fondatrices du répertoire de l’auteur-compositeur telles qu’« Evogamanga » et « Ogandaga », les participants ont entonné en continu un ensemble de chants célébrant l’accomplissement de la promesse de Pierre AKENDENGUE: celle de revenir à Awuta obota après une séparation de cinquante-quatre ans. Transportées par une intense jubilation, les femmes scandaient en continu un refrain qu’elles associaient à des danses empreintes d’une vive ferveur: « Zwé songa wè wé ngwé, zwé songa wè wé g’ompangano ! » (« Nous t’accompagnons dans la promesse »).
C’est en effet au sein du village d’Awuta, terre d’ancrage familial et lieu de sépulture parentale, que l’artiste a été initié dès son enfance à la tradition orale, aux récits fondateurs, aux proverbes ainsi qu’aux structures rythmiques vernaculaires qui façonnent la trame de son œuvre. Dès lors, ce retour au berceau matriciel d’Ezanga revêt la forme d’un pèlerinage : il s’agit pour AKENDENGUE non seulement de célébrer sa filiation aux anciens, mais surtout de témoigner sa reconnaissance envers les figures tutélaires, le paysage lagunaire et le socle communautaire qui n’ont eu de cesse de structurer son imaginaire créatif. D’ailleurs, M. Richard ONOUVIET, agissant en qualité de porte-parole de ROMEPA, a réaffirmé la dimension singulière du village d’Awuta, lors du point presse accordé aux médias le 17 juillet 2026. Lieu de naissance où repose son cordon ombilical, ce territoire constitue en effet le socle identitaire de l’icône de la culture mondiale.
Avant d’amorcer son départ du village, Pierre AKENDENGUE a entonné une chanson afin d’exprimer sa profonde gratitude à tous les artisans de ce retour à Awuta, tout en célébrant l’émotion et la ferveur de ces retrouvailles avec la terre ancestrale. L’expérience immersive s’est cristallisée dans l’exécution poignante de l’emblématique titre « Nandipo ». L’interprétation a pris la forme d’un échange dialogué entre l’artiste et les membres de sa famille: aux interrogations larmoyantes de Pierre AKENDENGUE (« Nandipo o Nandipo ! Ntçugu nde vie ? » / « Nandipo, ô Nandipo ! Quand te reverrais-je ? ») —, le chœur féminin répliquait en insistant sur l’accomplissement de la promesse longtemps différée (« Ntçugu no yinò » / « Ce jour est enfin arrivé ! »).
Le voyage s’est achevé en fin de journée par un retour à Omboué, marqué par un sentiment d’émerveillement et de plénitude. Malgré la fatigue physique avérée, Pierre AKENDENGUE conserve de ce déplacement une profonde charge émotionnelle à jamais gravée dans sa mémoire.
Le Concert au stade municipal
A partir du vendredi 31 juillet, la petite cité lacustre avait été confrontée à une affluence sans précédent, liée à l’arrivée massive d’automobilistes et de vacanciers de circonstance. Cet important flux de visiteurs a rapidement mis sous tension les capacités des infrastructures hôtelières traditionnelles, au point de nécessiter le déploiement de structures ponctuelles pour faire face à la pénurie de logements. C’est ainsi que les organisateurs ont dû recourir à des hébergements de fortune sous tente mis à disposition par les forces armées gabonaises pour absorber la forte demande. En parallèle, un réseau informel d’hébergement chez l’habitant s’est spontanément constitué pour pallier le déficit d’accueil. De même, en marge de ce dispositif de campements provisoires, une partie des visiteurs s’est résignée à passer la nuit dans leur véhicule.
Point d’orgue de cette odyssée, la journée du samedi 1ᵉʳ août 2026 a été consacrée au concert gratuit tant attendu par les autorités locales, les riverains et une communauté de mélomanes venus du monde entier. Dès le début de l’après-midi, un public nombreux avait investi le stade municipal où certains partisans arboraient des attributs vestimentaires à l’effigie de la figure emblématique. Loin de s’inscrire dans une logique purement marchande, la démarche des organisateurs s’était fondée sur la gratuité de l’événement afin de promouvoir une dynamique de rassemblement populaire plus vaste.
La cérémonie a débuté vers la fin de la journée sous l’animation de Michel NDAOT, qui a cédé la parole à M. Michel ESSONGUE pour procéder à l’ouverture officielle de l’évènement. M. Michel ESSONGUE a, au nom du label ROMEPA et du Maire d’Omboué, adressé ses souhaits de bienvenue aux éminentes personnalités présentes, notamment Madame le Haut Représentant du Chef de l’État, Monsieur le Vice-Président de la République, Madame le Gouverneur, Mesdames et Messieurs les Ministres, les honorables et distingués invités. Tout en explicitant les enjeux sous-jacents à la thématique centrale de cet évènement historique, « Retour aux sources originelles », il s’est réjoui de les accueillir à ce concert hommage dédié à Pierre AKENDENGUE, organisé à Omboué, à proximité de l’île d’Awuta, son lieu de naissance. Le Vice-Président de ROMEPA a en outre exprimé sa gratitude aux sponsors et aux mécènes, en soulignant que leur soutien témoigne d’une volonté commune de promouvoir les valeurs d’unité, de solidarité et de sauvegarde du patrimoine culturel. Sa brève intervention s’est conclue par une exhortation solennelle adressée à l’assemblée: « À Pierre Akendengue, rendons ce soir avec force, avec fierté et avec émotion, l’hommage qui lui est dû ! ».
Cet « hommage » s’est ouvert par les prestations des artistes POUSSY et Prisca ALONG qui ont mis en valeur le répertoire chorégraphique et musical traditionnel devant un public particulièrement emporté. Réunie en masse, les spectateurs ont participé activement en accompagnant à l’unisson les chansons des deux interprètes. La première partie du concert a été conclue par l’interprétation du mythique titre « Nomboramba » par Prisca ALONG, en prélude à l’apparition scénique de Pierre AKENDENGUE.
Peu avant sa prestation, l’Artiste émérite a reçu un hommage vibrant du Président de la République, Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA à travers un message officiel donné en lecture publique par Michel NDAOT : « A l’occasion de votre retour aux sources à Omboué, je tiens à saluer l’immense artiste que vous êtes et le monument de la musique gabonaise que vous incarnez. Par votre talent, vous faites rayonner le Gabon depuis des décennies et inspirez des générations de Gabonaises et de Gabonais. L’hommage qui vous est rendu aujourd’hui est celui d’une Nation reconnaissante envers l’un de ses illustres fils. » Le Chef de l’Etat a enfin formulé le vœu de voir la Légende nationale se produire prochainement à la Cité de la Démocratie, tout en ponctuant son propos par une adresse chaleureuse : « Excellent concert à Omboué, cher Pierre Claver AKENDENGUE ! ».
Sous les acclamations nourries de l’assistance, le Maestro a débuté sa représentation par le morceau « Wumbwe » (« Omboué » en langue myènè). Composée en 1990, cette œuvre, à la croisée de la musique classique et du chant choral traditionnel, célèbre la région natale de l’auteur-compositeur. L’ouverture de cette séquence s’est caractérisée par la participation du public qui reprenait en chœur des titres emblématiques tels que « Nandipo », « Olando », « Ntche ngani » ou encore « Ghalo ghalo », etc. Avant de poursuivre sa prestation musicale, Pierre AKENDENGUE a tenu à associer à ce moment mémorable deux figures marquantes de son parcours artistique initial dont les liens remontent aux années 1960 : Hilarion NGUEMA, côtoyé au sein de l’un des premiers orchestres de musique moderne (Jeunesse bande), et Claude DAMAS, rencontré sur les bancs du collège Bessieux. Le premier a ainsi interprété « Telegrama », l’une des toutes premières compositions de Pierre AKENDENGUE en espagnol – créée alors qu’il n’était âgé que de quatorze ans et largement plébiscitée à l’époque -, avant d’enchaîner avec son propre titre à succès, « Libreville ». Le second a, pour sa part, gratifié l’assistance de trois pièces majeures composées par Pierre AKENDENGUE, notamment « Imbo », « Gamba » et « Tonda sale ». Hilarion NGUEMA et Claude DAMAS ont saisi cette opportunité pour réitérer publiquement leurs liens fraternels avec l’artiste et réaffirmer la pérennité de leur engagement affectif à son égard.
L’hommage rendu par Pierre AKENDENGUE à ses deux frères et associés de ROMEPA, Michel ESSONGUE et Richard ONOUVIET, a constitué un autre moment d’une vive intensité émotionnelle. L’intermède a ainsi été marqué par la déclamation du poème « Prière à Ronombo », écrit par Michel ESSONGUE et interprété sur scène par Michel NDAOT, qu’accompagnaient pour l’occasion les choristes du musicien.
L’icône nationale a par ailleurs dû improviser une interprétation de « Myè wé », le titre préféré de Richard Auguste ONOUVIET (RAO) qu’il qualifie affectueusement de « petit frère ». Le Maestro avait initialement proposé à son partenaire d’interpréter lui-même ce titre lors de l’étape d’Omboué, mais la préparation insuffisante de RAO a conduit Pierre AKENDENGUE à prendre le relais. Cette séquence musicale tenait lieu de témoignage de leur complicité et de célébration du souvenir des moments précieux partagés à Bessieux.
Dans la continuité de sa performance, le Monstre sacré a maintenu l’auditoire dans la magie de cette soirée exceptionnelle, alternant ainsi entre des pièces aux cadences plus soutenues (« Edidi », « Tevorembora », « Evanda zi la Lope »), et des chansons aux sonorités plus lyriques voire mélancoliques (« Isamu y’apili », « Ibembe », « Epuguzu », « Awana w’Africa »). Au terme d’un parcours rétrospectif d’environ une trentaine de compositions de son répertoire, la représentation s’est clôturée par l’intervention sur scène de l’Association Communautaire Inongo Gôré (ACIG).
Vêtus du pagne traditionnel « okorwè », les membres de l’ACIG ont remis à l’artiste un instrument sacré qui joue un rôle central au sein de son esthétique musicale : « Nwombi » ou la cithare. Cet objet de prédilection traverse en effet la discographie de l’auteur-compositeur depuis le morceau fondateur « Nwombi » dans l’album Awana w’Afrika (1982) jusqu’à « Nwo Nwombi » dans Maladalité (1995).
Avant de se retirer, l’artiste est descendu au milieu des spectateurs pour esquisser quelques pas d’Ekunda, affirmant ainsi une proximité coutumière avec un auditoire déjà conquis. Enfin, ce rassemblement d’envergure a revêtu la forme d’une vaste célébration communautaire. Festif et populaire, l’événement s’est prolongé jusqu’à l’aube au sein des quartiers environnants, rythmé par la tenue de veillées rituelles et traditionnelles telles que le Bwiti, l’Okukwè ou de rencontres de réjouissances comme l’Ekunda.
Dans l’après-midi du dimanche 02 août 2026, l’association « Le Flambeau de la succession » a rendu l’un des derniers hommages d’Omboué à Pierre AKENDENGUE. Encadrés par l’un des descendants de M. MICHONET, deux adolescents émus par la solennité du moment ont offert à l’illustre musicien deux tableaux allégoriques : le premier figurant deux portraits superposés de l’artiste articulés autour d’une flamme au feu de bois, et le second combinant la carte du Gabon, l’image de l’artiste en avant-plan et une panthère drapée des couleurs nationales. L’artiste a salué l’accueil favorable réservé et exprimé sa gratitude face à cette action éducative et artistique, tout en soulignant le rôle crucial de la jeunesse dans la transmission patrimoniale.
En définitive, cette démarche de « Retour aux sources originelles » se caractérise par une double portée spirituelle et patrimoniale. D’un côté, elle rend hommage aux ancêtres ainsi qu’aux entités cosmologiques (terrestres, aquatiques et célestes) qui façonnent la créativité de Pierre AKENDENGUE. De l’autre, elle scelle assurément le réenracinement de l’artiste au sein de sa terre natale, de sa communauté et de son histoire. Pour un créateur parvenu à la maturité de son parcours, cette réimmersion dans le socle identitaire initial répond à la nécessité d’inscrire sa trajectoire artistique dans la pérennité. Transcendant le cadre du concert offert par ROMEPA, ce projet d’envergure se veut le jalon structurant d’une dynamique de sauvegarde et de valorisation du patrimoine culturel. Si l’impact à long terme de ce pèlerinage reste encore à mesurer, tout porte à croire que la manifestation semble d’ores et déjà marquer une rupture fondamentale dans la trajectoire de la Légende.
Les Veilleurs de la Mémoire
Omboué, Août 2026